20 juillet 2024

Débat sur des enjeux environnementaux de la Côte-du-Sud

Dans le cadre du Jour de la Terre 2024, qui se tiendra le lundi 22 avril prochain, sous le thème ‘’On se sert de nos jambes pour la planète’’, et qui aura comme objectif d’inciter la population à adopter des moyens de transport durable plutôt que l’automobile individuelle, le Journal souhaite donner une voix à deux partis politiques moins visibles en Côte-du-Sud : le Parti conservateur du Québec et Québec solidaire. Ainsi, le journaliste Jean-Sébastien Tremblay s’est entretenu avec un porte-parole en matière d’environnement de chaque formation politique, dont les positions sont bien souvent aux antipodes, à propos d’enjeux environnementaux qui touchent spécifiquement les citoyens de la Côte-du-Sud.

Les porte-parole

Alejandra Zaga Mendez (AZM) - Québec solidaire (QS) (Députée de Verdun, Porte-parole en matière d’environnement de QS)

François Plamondon (FP) - Parti conservateur du Québec (PCQ) (Membre du comité sur l’environnement de la Commission politique du PCQ)

1. Pensez-vous que le thème du Jour de la Terre 2024 est adapté aux régions rurales telle que la Côte-du-Sud ?

AZM: Pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre (GES), il faut revoir la manière dont on se transporte. Néanmoins, je crois que les moyens de transport doivent être adaptés aux réalités régionales. Nous devons donner des options aux gens pour nous déplacer. Par exemple, il faut penser aux personnes âgées qui n’ont pas toutes une voiture. Aussi, il faut encourager d’autres alternatives à l’automobile comme le vélo ou le transport en commun. Pour ce faire, nous devons augmenter l’offre dans certains secteurs où elle est encore très mince.

FP: Ce n’est pas du tout réaliste ni adapté pour les régions rurales. Les régions du Québec ne sont pas denses, et la voiture reste le moyen de transport le plus pratique et économique pour la majorité des déplacements. Certes, il y a des alternatives qui fonctionnent dans certains cas, mais il est irréaliste d’exiger qu’une portion significative des déplacements automobiles se transfère vers un autre mode de transport. Nous préférons faire la promotion des alternatives plutôt que de s’attaquer à l’auto, dans une approche constructive et non pas destructive.

2. Pensez-vous que les réseaux de transport en commun offerts en région, comme ceux mis en place par les MRC de Montmagny et de L’Islet, sont des alternatives crédibles à l’automobile en Côte-du-Sud ?

AZM: D’abord, je crois que l’offre de transport collectif doit être améliorée dans les régions du Québec afin qu’elle devienne attractive pour les citoyens. De plus, nous devons également repenser le transport interurbain afin qu’il soit plus facilement accessible et efficace. Aussi, nous sommes conscients que certaines municipalités des MRC de Montmagny et de L’Islet ont une densité plus faible de population. Pour celles-ci, nous souhaitons mettre en place une flotte de taxis collectifs afin de permettre à ces citoyens de se déplacer efficacement.

FP: Le fait que le transport en commun existe en région est une bonne chose, bien que l’amélioration de ces systèmes soit toujours possible. Nous avons dans notre programme de permettre au secteur privé de soumettre des propositions d’infrastructures de transport collectif et d’opérer dans les municipalités. Donc oui, c’est une alternative crédible à jusqu’à un certain point, et si nous étions au pouvoir, on s’arrangerait pour faciliter la vie de ceux qui ont des solutions pour l’améliorer.

3. Croyez-vous à l’électrification des véhicules automobiles et des machineries lourdes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) en Côte-du-Sud ?

AZM: Oui, nous croyons que cela est une solution. Néanmoins, afin d’accélérer l’électrification des véhicules automobiles, il faut avant augmenter l’offre aux consommateurs et réduire les délais de disponibilité. Nous croyons que ceux-ci devraient avoir le choix de leur moyen de transport. Aussi, l’électrification des machineries lourdes, telles que celles utilisées pour l’agriculture ou l’exploitation est aussi importante. Néanmoins, ce qui nous préoccupe, ce sont leurs coûts élevés et leur faible disponibilité. Dans le contexte économique actuel, les agriculteurs sont déjà pris à la gorge financièrement, et nous devrons mettre en place de mesures d’accompagnement et de compensation pour leur donner de l’oxygène.

FP: C’est indéniable que l’utilisation d’une voiture électrique émet moins de GES que l’utilisation d’une voiture à essence. Mais là n’est pas la question: on va bientôt être confrontés à une pénurie d’électricité. Si l’objectif est la décarbonation des transports, nous préférons que l’argent aille au transport en commun plutôt qu’à l’électrification. Diminuer le nombre de véhicules par l’amélioration du transport en commun est mieux que d’en garder le même nombre, mais qu’ils soient électriques. Quant à l’électrification des machineries lourdes, si des solutions existent qui montrent plus de bénéfices que de coûts, nous sommes bien entendu disposés à explorer cette option et à collaborer.

4. Croyez-vous que l’éolien est un mode de production d’énergie alternative prometteur pour combler le manque d’électricité envisagé pour combler la future demande ?

AZM: L’éolien est une forme d’énergie renouvelable parmi d’autres que nous souhaitons développer pour combler les besoins du Québec. Par contre, plutôt que son développement soit fait par des promoteurs privés comme présentement en Côte-du-Sud, nous croyons qu’il est préférable que cela soit fait et coordonné par Hydro-Québec. Aussi, son développement doit être fait en collaboration avec les communautés locales, et en respectant la protection des terres agricoles.

FP: Nous préférons d’autres sources d’énergie renouvelables ou carboneutres comme l’hydroélectricité, la biomasse forestière résiduelle, et le nucléaire. L’efficacité énergétique (diminuer la quantité d’énergie nécessaire pour produire les mêmes extrants) fait également partie intégrante de la transition énergétique selon nous. L’un des principaux problèmes des éoliennes est le manque d’acceptabilité sociale parmi les citoyens locaux. Nous faisons la promotion des projets qui respectent la volonté du peuple.

5. Est-ce que pour votre parti, l’augmentation des taxes sur l’essence ou la Bourse du Carbone sont des solutions pour freiner la hausse des émissions de GES ?

AZM: Oui, nous sommes en faveur de ce type de mécanisme. Globalement, il faut garder un équilibre entre la capacité de payer des gens et la réduction des GES. Aussi, nous croyons que les grosses entreprises qui polluent plus doivent payer davantage que celles qui sont petites ou moyennes et qui polluent moins.

FP: Nous croyons qu’il est important de freiner les émissions de GES, mais s’il faut augmenter le fardeau fiscal des Québécois et augmenter l’inflation, nous débarquons. Il y a d’autres moyens plus respectueux du portefeuille des contribuables d’arriver à cet objectif.

6. À votre avis, est-ce qu’on consulte et tient en compte suffisamment des gens des régions dans les enjeux environnementaux ?

AZM: En fréquentant les gens des régions comme ceux de la Côte-du-Sud, j’ai constaté qu’ils ont un grand attachement à leur territoire et qu’ils sont très près de la nature, car ils la fréquentent tous les jours. Nous devons qu’on doit valoriser cette grande proximité. Dans les médias, nous entendons beaucoup parler des grands projets d’infrastructure. Cependant, nous souhaitons que les enjeux environnementaux des régions rurales soient davantage mis de l’avant parce que tous les citoyens du Québec doivent se sentir concernés par cette cause.

FP: La plupart du temps, dans le débat public concernant l’environnement, on entend souvent parler de décarbonation, de lutte contre les automobiles, et d’autres sujets qui touchent plus ou moins les régions. Dans la catégorie “enjeux environnementaux”, il y a aussi la pollution des rivières, l’érosion des berges, la foresterie durable... tous des sujets dont on entend peu parler, mais qui selon nous, touchent de beaucoup plus près les régions, incluant les MRC de L’Islet, de Bellechasse et de Montmagny.