Seulement 5% des fraudes de marketing de masse sont signalées

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Par Michel Chassé
Seulement 5% des fraudes de marketing de masse sont signalées

En 2017, des Canadiens ont perdu 110 millions$ dans des fraudes de marketing de masse. Et le pire, c’est que cette somme ne représenterait que 5% des cas parce que les victimes sont trop gênées pour les signaler.

Invitée par la Chambre de commerce Kamouraska-L’Islet et la Sûreté du Québec, Mme Nancy Cahill, recherchiste au Centre Anti-Fraude du Canada (CAFC), a livré une mine d’informations jeudi dernier au restaurant Mikes de La Pocatière en donnant une conférence intitulée «Fraudes de marketing de masse, les tendances et les mesures de prévention».

Le Centre Anti-Fraude recueille l’information et les renseignements criminels sur les plaintes d’origine canadiennes en matière de fraude, de marketing de masse (télémarketing), de lettres frauduleuses, de fraude par internet ou en matière de vol d’identité.

Si les sommes volées ne représentent que 5% des fraudes, comme le soutient le CAFC, les chiffres font peur. Sur les 30 stratagèmes répertoriés, l’arnaque sentimentale s’avère l’une des plus importantes, ici comme ailleurs au Canada. Le sergent Dave Ouelet, de la SQ à Rivière-du-Loup, a connu des cas pathétiques: «Un homme de 80 ans tombe en amour sur Internet avec une fille de 20 ans qui lui extorque plus de 30 000$, toujours par petites sommes. Un jour, il vient nous rencontrer, non pas pour porter plainte, mais pour nous demander de l’aider à faire sortir la fille de son pays. Nous lui disons alors qu’il se fait escroquer, mais il ne nous croit pas: il ne porte pas plainte parce que c’est elle qu’il croit…».

«La fraude romantique fonctionne bien au Québec. Des manipulateurs en font une carrière professionnelle en peaufinant des mises en scène incroyables. Mais ils font beaucoup de dommages; outre la perte financière, ils laissent des personnes démolies par la perte de ce à quoi elles croyaient. Ça débouche souvent sur des problèmes familiaux,des faillites, voire des suicides» ajoute Mme Cahill.

Les entreprises figurent aussi parmi les cibles des fraudeurs qui offrent de fausses annonces ou jouent aux faux fournisseurs.

Les fraudeurs se trouvent souvent de l’autre côté de l’océan, dans des pays où la police est corrompue. Ils bossent dans ce qu’on appelle une chaufferie, soit un local abritant 50, 60, 70 ordinateurs et souvent contrôlé par le crime organisé. De là, ils envoient leur message en espérant que quelqu’un, à des milliers de kilomètres, mordra à l’hameçon et transférera de l’argent.

Mme Cahill rappelle qu’il vaut mieux prévenir que guérir, d’autant plus que la victime ne retrouvera jamais son argent: «Ne jamais donner des informations personnelles au téléphone, par courriel ou texto. Si vous n’êtes pas sûr, raccrochez» insiste-t-elle. «Et s’il-vous-plaît, ne vous déshabillez jamais devant une webcam» de conclure le sergent Ouellet.

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