Devrait-on déclarer à son ordre professionnel les poursuites en cours à notre sujet?
À la demande du CISSS, en janvier 2024, le conseil d’administration a porté plainte à la police. Cette dernière a ensuite été transférée à l’UPAQ. Une dénonciation a finalement été déposée à la suite de l’enquête. Richard Pierre était alors formellement accusé d’avoir fraudé le Centre Yvon Mercier d’une somme de plus de 5 000$ en plus d’avoir utilisé de faux documents et de fausses factures. Selon les accusations, il aurait aussi falsifié des élections au conseil d’administration, inventé des employés pour soutirer plus d’argent, aurait fait des travaux chez lui au nom du CYM et aurait identifié sa mère, qui est inapte, comme étant fournisseur pour retirer l’argent de son compte.
M. Pierre n’aurait pas fait l’objet d’une enquête de l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec au départ, car les accusations étaient en lien avec son poste de directeur général et il ne faisait pas d’intervention à cette époque.
Un nouveau départ
Depuis novembre 2025, M. Pierre aurait trouvé un nouveau travail comme conseiller clinique au niveau des services sociaux courants et des programmes de prévention dans la région de Lanaudière. Il assure l’assignation des demandes de services et le suivi des dossiers auprès des intervenants qui ne sont pas nécessairement des travailleurs sociaux, mais des travailleurs communautaires en services sociaux. Il travaille aussi avec des partenaires pour développer des programmes de prévention sur différents sujets, notamment le suicide et le deuil. Lors de son témoignage au Conseil, il a assuré n’avoir aucune fonction de gestion. Il n’envisage pas de retourner à la pratique du travail social, mais il reconnait agir à titre de médiateur familial à son compte afin d’obtenir une source de revenus supplémentaire.
Il n’a pas informé l’Ordre des accusations à son égard lors de leur dépôt ni lors du renouvellement annuel de son titre. Il n’avait pas non plus informé son employeur actuel, par crainte de perdre son emploi.
Sanctions imposées, procès à venir
Après avoir continué son enquête, le syndic de l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec demandait maintenant que le Conseil de discipline ordonne la suspension immédiate du droit de M. Pierre d’exercer sa profession et d’utiliser le titre de membre de l’Ordre.
Bien que M. Pierre n’ait pas été reconnu coupable des accusations qui pèsent contre lui, ce dernier étant toujours en attente de son procès, le syndic pouvait faire la demande. Depuis juin 2017, le Code des professions accorde aux conseils de discipline le pouvoir d’imposer une suspension, une limitation ou des conditions affectant le droit d’exercer des activités professionnelles ou d’utiliser un titre réservé à un membre d’un ordre qui fait l’objet d’une accusation criminelle passible d’une peine d’emprisonnement de cinq ans ou plus. Il doit aussi y avoir un lien entre l’accusation et l’exercice de la profession.
Le conseil disciplinaire a finalement ordonné la limitation provisoire du droit de l’accuser d’agir à titre de médiateur familial. « La commission d’actes criminels qui sont liés au financement ou la livraison de ces services importants pour la collectivité est en contravention flagrante avec les valeurs et principes éthiques de la profession. Pour ces raisons, le Conseil de discipline conclut que les accusations portées contre l’intimé ont un lien avec l’exercice de la profession. Au surplus, il est indéniable que la confiance du public envers les membres de l’Ordre risque d’être affectée si le Conseil ne prononce aucune ordonnance », souligne le Conseil dans sa décision. Il doit aussi transmettre une copie de la décision à son employeur et informer l’Ordre de tout changement d’employeur. Un avis de la décision devait aussi être publié dans un journal qui circule dans le lieu du domicile professionnel de M. Pierre, et ce au frais de ce dernier. Il pourra toutefois continuer de porter le titre de membre de l’Ordre. Le Conseil a d’ailleurs souligné que l’Ordre avait accès aux premiers rapports du CISSS sur les activités de M. Pierre en 2024 et n’a choisi d’agir que maintenant.
Dans le dossier de fraude, M. Pierre a plaidé non coupable et son procès est prévu le 25 septembre prochain au palais de justice de Montmagny.








