Immigrer n’a rien d’une lune de miel

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Par Eric Maltais
Immigrer n’a rien d’une lune de miel
Claude Massé, de Fonderie Poitras.

Si les gens croient qu’un immigrant vit une lune de miel à son arrivée dans une région, la vraie vie démontre qu’amorcer une nouvelle vie ailleurs n’a rien d’un voyage de noces!
D’abord, les gens vivent un deuil de leur région, de leur pays. La courbe d’intégration est différente, qu’on soit un immigrant ou un travailleur économique. Ce dernier vivra plutôt en pension et enverra son argent à la famille. Le second restera ici, vivra les problèmes de francisation, découvrira les manques quant aux infrastructures sportives, culturelles ou de loisirs et verra l’absence d’implication communautaire en dehors des heures de travail.
Pour Claude Massé, de Fonderie Poitras, il est important de comprendre l’importance d’intégrer ces nouveaux arrivants. « On a besoin d’avoir du monde et il faut vivre avec. J’ai embauché des Philippins en 2017 et ils sont arrivés en 2019. On a investi d’importantes sommes d’argent pour les loger, on a bâti cinq appartements et mis 15 chambres à leur disposition alors on a des problèmes si les gens n’arrivent pas ». M. Massé fait ainsi référence à la lourdeur administrative, aux complications reliées aux visas de travail.

« Des 14 qui sont annoncés ici, dix le sont pour un an seulement. Il faut déjà recommencer le processus. On n’a pas de vision à long terme ».

L’homme d’affaires renchérit : « Ça fait 25 ans qu’on le sait que ça s’en vient. Alors quand on veut qu’une société bouge vers l’immigration, il faut commencer à en faire la promotion. Si vous aviez vu les commentaires que nous avons reçus lorsqu’il a été écrit dans le Journal de Québec que nous donnions des cours d’anglais. On s’est fait dire qu’on n’avait pas besoin de monde, que nous devrions commencer par faire travailler ceux qui n’ont pas d’emploi. On a même reçu des menaces de mort. Il y a une grande ignorance au sujet de l’immigration et beaucoup de gens ne sont pas éduqués. Alors si on veut faire un mariage, il y a bien des choses à développer ».
Les immigrants arrivent ici sans le sou, alors il faut un partenaire financier sérieux. « Par chance que nous avons eu Desjardins pour nous soutenir, qui joue un grand rôle. Cela nous permet de contrôler la portée des risques. Nos gens sont arrivés ici en T-Shirt. On leur a donné un manteau d’hiver parce qu’il faisait -25 à Montréal. Ils sont vraiment fascinés par la région », ajoute M. Massé, tout en prenant soin d’ajouter qu’ils contribuent à faire rouler l’économie, sachant qu’un emploi direct en crée cinq indirects.

Ignorance
L’homme d’affaires Jean-Guy Boulet a ajouté : « L’ignorance est la source de la peur. Quand on parle d’immigration, on parle de gens qui ont une identité. Ils viennent du Congo, de la Côte-d’Ivoire, de l’Algérie. Apprenons à les découvrir, à en apprendre sur leur culture et nous les comprendrons mieux ».
« Pour contrer l’ignorance, allez parler aux gens. Il y a des peurs des deux côtés car chacun va se juger selon les préjugés. La meilleure façon de se comprendre, c’est de se parler et d’éviter … les réseaux sociaux qui sont là pour attiser les feux. Il faut rencontrer la différence au lieu de la fuir », murmure Hayette Laouari, une algérienne qui a pris racine à Montmagny.
« On s’efforce de mettre en place des activités qui facilitent l’intégration sociale dans nos communautés. Nous avons même deux projets sur 17 dans l’ensemble du Québec qui ont été sélectionnés dans nos deux MRC pour faciliter l’insertion sociale. C’est comme ça qu’on va réussir » ajoute Guy Drouin, un montréalais d’origine en région depuis plus de 20 ans.

Ci-joint, le 2e forum de Personne n’en parle, tenue le 27 mai à la Bibliothèque de Montmagny.

 

 

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