Une agence de vente controversée

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Par Marie-Eve Picard
Une agence de vente controversée
Près de 400 propriétaires de lots à bois ont assisté à l'assemblée spéciale du SPBCS le 7 décembre à Saint-Jean-Port-Joli.

C’est devant une assistance record que s’est tenue l’assemblée spéciale convoquée par le Syndicat des Producteurs de Bois de la Côte-du-Sud (SPBCS), le 7 décembre à Saint-Jean-Port-Joli. Cette réunion qui visait à faire adopter le Règlement d’une agence de vente a mobilisé près de 400 propriétaires de lots à bois. L’article intitulé Agence de vente: des propriétaires de lots à bois sonnent l’alarme paru dans la dernière édition de votre Journal a fait énormément réagir et plusieurs personnes se sont déplacées pour se faire entendre devant l’assemblée.

Séance houleuse

Celle-ci aura durée près de 5 heures. Durant la présentation du projet de Règlement, de nombreux participants se sont adressés à l’un ou l’autre des trois représentants du SPBCS à la table, soit Pierre Lemieux, président, Maître Louis Coallier et Mathieu Ouellet, directeur général. À commencer par le délégué Raynald Nadeau qui d’emblée, s’est opposé à la tenue de cette assemblée. Ce dernier a évoqué le fait que ses confrères délégués et lui n’aient jamais reçu les documents officiels du Règlement de l’agence “pourtant demandés au moins 48 heures avant la séance” comme le stipule l’article 53.1 du règlement du SPBCS, en référence au Code Morin. Selon lui ce manquement devait mener au report de l’assemblée, ce qui a fait sourciller Maître Coallier : “C’est marqué “sous réserve”. Le Code Morin pourrait s’appliquer de façon subjective, la règle de procédure a été adoptée… et je n’ai pas le Code Morin avec moi…” a-t-il rétorqué en rejetant sa demande.

Forte opposition dans la salle

Les commentaires qui ont suivi s’opposaient majoritairement à la mise en place de cette agence de vente et remettaient en question le fondement même du Règlement. Des propriétaires se disaient inquiets notamment quant à la capacité du Syndicat de gérer la mise en marché du bois de sciage “alors que vous ne l’êtes pas pour gérer le bois de pâte!” s’est exclamé M. Ménard de Saint-Just. D’autres s’interrogeaient sur le taux du SPBCS qui, à l’heure actuelle, ignore toujours de quelle façon procéder pour l’établir. Une question adressée au président a fait réagir l’audience quant aux frais qu’occasionnera la marge de crédit prévue à cet effet. Plusieurs autres questions abordaient les détails du transport et des modalités. Bon nombre se sont indignés quant au “manque de transparence et de communication pour mettre en place ce projet pourtant historique”. Certains se sont également insurgés contre les redevances obligatoires envers le Syndicat même s’ils ne sont pas membres, et d’autres se sont plaints de ne pas avoir été mis au courant de ce Règlement. “Faites votre job puis contactez tous les propriétaires de boisés privés!” a-t-on pu entendre dans la salle. Charles Bilodeau s’est dit inquiet qu’aucun avis n’ait été envoyé aux propriétaires de lots “Ça les concerne tous et ils ne le savent même pas… toute leur vie va changer!” Des producteurs ont aussi dénoncé avoir été mis de côté lors d’assemblées antérieures alors qu’ils ont voulu s’opposer au projet: “J’aurais pu représenter les gens qui étaient contre, c’est ça la démocratie… mais vous m’avez refusé!” s’est exclamé Michel Morin de Saint-Eugène.

Vision opposée

Les représentants du SPBCS étaient accompagnés de Robert Laplante, directeur de l’Institut de recherche en économie contemporaine, venu présenter les résultats d’un récent sondage effectué auprès des membres du syndicat. Ce dernier a donné les grandes lignes de la méthodologie appliquée et des résultats obtenus. “C’est un échantillonnage béton fait au hasard qui a tenu compte de chacun des secteurs.” souligne M. Plante. Sur 1 506 questionnaires envoyés, 525 ont été retournés. Des questions comme: Considérez-vous que le prix reçu pour votre bois est juste et équitable? et : Comment qualifierle prix de transport pour les billots? ont démontré environ 75% d’insatisfaction. Le directeur a expliqué qu’à la lumière de ce sondage, les producteurs ne sont clairement pas satisfaits des prix obtenus pour leur bois et du taux de transport “ils n’ont pas le gros bout du billot… c’est le cas de le dire!” Certaines personnes ont ensuite questionné la crédibilité du sondage et dénoncé certaines questions contradictoires et subjectives. Steve Pépin a aussi soulevé une donnée manquante du sondage: “Quel est le % des producteurs “pour une agence” VS quel volume metil en marché/année?” Il a également remis en doute le contexte de la période visée: les cinq dernières années. “Avant décembre 2021, on était en surproduction. Depuis janvier 2022, c’est l’inverse: les usines manquent de bois, la négociation est plus facile. Les primes sont là, mais dans ce sondage-là rien n’y est!” ajoutet- il. Puis Gabriel Pelletier s’est exclamé: “Tout le monde veut avoir plus cher pour son voyage de bois! On veut tous payer moins cher de transport! Mais est-ce qu’on veut se faire gérer? Non!”

Vote serré

Le résultat du vote: 17 délégués pour et 15 contre le Règlement d’une agence de vente de bois de sciage et de déroulage. Deux autres règlements ont aussi été adoptés, notamment sur les contributions des producteurs pour financer cette agence par l’ajout de 0,34$/mètre cube apparent pour ce bois (18 pour / 14 contre) et sur la question des fonds forestiers des producteurs – pour changer la définition du produit visé – en ajoutant le bois de sciage et déroulage et autres marchés, sauf le bois de chauffage domestique (18 pour / 14 contre). Il faut savoir que 25 “délégués élus” (de secteur) ont voté et que les sept “délégués nommés” (les administrateurs du SPBCS) ont eu droit de veto.
Après l’annonce des résultats, Gordon Hughes s’est levé d’un bond: “Si les sept administrateurs n’avaient pas voté, on l’aurait pas eu… c’est pas passé devant la Régie encore par exemple!”

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Robert Lagueux
Robert Lagueux
1 mois

Autrefois les votes se tenaient après- minuit…Ça n’a pas changé. Ils opèrent sans quorum depuis des années.

Paul Roy
Paul Roy
1 mois
Répondre à  Robert Lagueux

Ce sont les opposants qui « étirent » les soirées d’assemblée avec leurs questions et commentaires. Normal que les votes se prennent tard. Est-ce qu’il faudrait museler les opposants? Les producteurs veulent la mise en marché collective, mais les dirigeants du SPBCS ont l’obligation de laisser parler les opposants.

Rémi Morin
Rémi Morin
1 mois
Répondre à  Paul Roy

Vous avez bien raison!!!
Le syndicat devrait empêcher les opposants de poser des questions, ça ne fait que rallonger le débat de façon inutile, tout est déjà décidé d’avance!!!

Paul Roy
Paul Roy
1 mois
Répondre à  Rémi Morin

Monsieur Morin, il faut éviter le sarcasme et la mauvaise foi. On ne peut pas demander au SPBCS d’être seulement à l’écoute de la majorité. Dans tout débat démocratique sein, la voix des opposants DOIT aussi être écoutée. Et on ne peut pas déplorer la longueur des assemblées à cause de ce fait. D’apporter un commentaire tel que le vôtre risque de contribuer au cynisme . Est-ce votre but?

Guillaume Michaud
Guillaume Michaud
1 mois
Répondre à  Paul Roy

Êtes vous au courant que depuis vous avez passez votre projet dans le sud du Québec et bien les usines on augmenté de beaucoup leurs importations des us. Alors que je c’est de personnes de l’intérieur d’usine qu’il sont prêt à pratiquement s’approvisionner au us s’il le faut. On va vraiment être gagnant. La vrai réalité est que si tous les producteurs envoyais juste du beau bois au usine le prix monterait encore beaucoup plus. Les usine sont obliger d’acheter du bois qui n’est pas bon alors ça aide pas. Pour ma part j’envoie du bois de qualité au usine et je suis capable de négocier un bon prix pour moi et mes clients.

Paul Roy
Paul Roy
1 mois
Répondre à  Guillaume Michaud

M. Michaud, sans vouloir vous manquer de respect, pensez-vous sérieusement que les usines qui s’approvisionnent chez le SPBCS, le SPFRQ et le SPFSQ, les trois gestionnaires de Plan Conjoint qui ont dernièrement eu l’ordre par la majorité de leurs producteurs forestiers de mettre en place la mise en marché collective des volumes de bois de sciage, vont pouvoir remplacer plus d’un million et demi de mètres cubes de bois ANNUELLEMENT avec du bois américain? Et ce sans compter les frais exorbitants des coûts de transport (diésel), le taux de change et la possibilité forestière des régions de récolte visées? Oui, les usines cherchent du bois américains. Mais ce n’est pas à cause de la mise en marché collective. C’est parce que l’on ne récolte pas assez de bois et ils cherchent à combler leurs besoins à tout prix. Et évitez de dire que certains produisent du bois de mauvaise qualité. Certains ont le défaut de penser qu’ils sont meilleurs que les autres. Personnellement, je ne connais aucun producteur dont le bois est de mauvaise qualité. Encore en tout respect, bonne journée!