20 avril 2024

Microbrasseries du Québec : à la recherche d'alternatives

La hausse du coût de la matière première, l’augmentation des frais de transport, l’inflation et les changements d’habitudes des consommateurs font mal aux microbrasseries du Québec, dont le Ras l’bock de Saint-Jean-Port-Joli qui a subi une diminution de 30 % de ses ventes sur les tablettes lors de la dernière année. D’entrée de jeu, le copropriétaire de Ras l'bock et administrateur de l’Association des microbrasseries du Québec, Alexandre Caron, a reconnu que les temps sont durs pour tout le monde. Il a noté que la baisse des ventes s’est amorcée en 2022. « Nous sommes dans le creux de la vague en ce qui concerne les ventes de bières au Québec. » Du même élan, M. Caron a remarqué qu’il y a eu une évolution du comportement des gens. En ce sens,  le public essaie moins  de nouvelles choses et il mise davantage sur leurs valeurs sures. Toutefois, il prévient que l’entreprise n’est pas sur le point de fermer pour autant, car la compagnie ne fait pas que du commerce au détail. Par exemple, il y a de la vente sur place, deux boutiques et un pub qui se trouve dans un lieu touristique. « Ce sont des facettes qui n’ont pas subi de baisse de 30 %. » Pour pallier cette perte, la microbrasserie tente de réduire les dépenses. « Il n’y a pas de solution miracle. Sortir un nouveau produit qui fera augmenter les ventes de 30 % n’arrivera pas. Notre philosophie est d’être meilleurs dans ce que nous faisons déjà et d’offrir des produits à un coût raisonnable. Également, nous nous adoptons aux demandes », ajoutant que le secteur de l’alimentation est aussi touché par le contexte de crise économique. Selon lui, il est normal que les gens coupent dans des endroits moins essentiels. « Même si certains établissements avaient anticipé ce scénario, cela n’aurait rien changé pour eux. Certains ne font que de la distribution. Par conséquent, c’est 30 % de baisse de leurs ventes globales. » Trop de joueurs ? Questionné à savoir s’il y a trop de microbrasseries au Québec, M. Caron répond que le marché devait atteindre une certaine maturité à un moment. « On s’en approchait dans les dernières années. L’augmentation de l’offre est jumelée à une grande réduction de la demande. C’est toujours facile de dire après coup qu’il y a trop de microbrasseries quand  ça ne va pas bien  comme en ce moment. Cependant, uniquement pendant la pandémie, elles ont connu des années records. Normalement, un marché se stabilise quand la demande s’équilibre, mais celle-ci a diminué», ajoutant que l’industrie devrait remonter la pente lorsque  la crise de l’inflation se résorbera. Avoir un peu d’air Afin de donner un coup de pouce aux microbrasseries, M. Caron estime que le gouvernement pourrait les aider de différentes façons, entre autres, en autorisant la vente de bières en ligne. « La SAQ vend de l’alcool fort directement à domicile, on trouve qu’il y a une injustice. Cette permission permettrait à des brasseries qui n’ont pas de magasin physique dans un endroit passant de s’en sortir un peu mieux.» Également, l’administrateur de l’Association des microbrasseries du Québec aimerait que les microbrasseries puissent vendre leurs produits dans les marchés publics comme c’est le cas pour les producteurs de vin ou de cidres.   En guise de conclusion, M. Caron mentionne que la région est bien positionnée dans le milieu des microbrasseries, car elle est à proximité des grands centres favorisant ainsi l’accès à des réseaux de distribution. « Je vois l’avenir d’un bon œil. Pour Ras l’bock ce ne sera pas les meilleures années, mais nous avons une polyvalence qui nous donnera l'occasion de passer à travers. »