22 juin 2024

Une plume pour se battre

Celle qui est née dans un petit village au nord d’Israël explique dans un premier temps qu’après l’école secondaire, le service militaire est obligatoire pour tous. Shely s’est elle-même engagée à l’époque à titre de secrétaire dans une entreprise qui développait des logiciels à l’usage de tanks, trains et autres engins de guerre. Son fils, qui a refusé de subir le même traitement, a dû purger une peine de deux mois de prison pour ne pas s’être porté « volontaire ».

« Ce fut une période extrêmement traumatisante », de raconter sa mère. La guerre, selon elle, ne justifie aucunement le prix à payer et c’est pourquoi il est si important pour elle de raconter leur histoire.
Contrôle et propagande sont deux mots qui reviendront souvent dans notre conversation. Tous les médias sont contrôlés, on inculque au peuple des vérités qui n’existent tout simplement pas. Elle évoque ici le fameux 1984 de George Orwell. « Combien de doigts, Winston ? Cinq ! Cinq ! Cinq ! Non, Winston, c’est inutile. Vous mentez. Vous pensez encore qu’il y en a quatre. Combien de doigts, s’il vous plaît ? Quatre ! Cinq ! Quatre ! Tout ce que vous voudrez. » « Voilà ce que c’est que de vivre en Israël », explique-t-elle. Nulle aide n’est à espérer de l’extérieur. Aucune investigation de la part des pays membres de l’ONU. Le groupe qui contrôle l’idéologie ambiante s’acharne à nier les effets pervers du colonialisme et s’enfarge constamment dans ses nombreuses contradictions. Mais qui sont donc ces manipulateurs? Un peu d’Histoire Après l’Holocauste, un groupe de sionistes provenant autant de l’Europe centrale que des pays arabes forme le projet de créer une colonie juive en Israël. Au nom du judaïsme, ce qui se révèle n’être qu’une façade, ils poussent les gens à émigrer contre leur volonté vers ce nouveau territoire. Environ 8 millions d’entre eux feront le voyage. C’est le cas des parents de Shely. L’une vient de l’Égypte, l’autre du Maroc. Ils ont immigré dans les années ’60, pensant ainsi améliorer leurs conditions de vie. Une sorte d’apartheid s’est progressivement installé entre les sionistes et les juifs provenant d’importants groupes ethniques tels les ashkenaze, dont elle fait partie, qui ne demandaient qu’à vivre une vie paisible. Le gros du peuple, les pauvres, sont restés sur place alors que les riches et puissants s’établissaient aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Canada, d’où ils pouvaient en toute impunité tirer les ficelles. Aujourd’hui, alors que les médias internationaux sortent les infos au grand jour et font lentement la lumière sur cette situation ô combien tordue, Shely garde espoir. Selon elle, ni les Israëliens ni les Palestiniens ne souhaitent se battre. L’entière responsabilité revient au groupuscule qui les contrôle tous pour l’argent, évidemment, le nerf de la guerre. Il suffit d’entendre les sanglots dans la voix de Mme Mustaki quand elle parle de la douleur infligée aux Palestiniens pour se convaincre qu’elle ne prend pas parti. Elle ne souhaite que la paix, comme tous ceux qui se retrouvent au cœur de ce violent conflit. Éveiller les consciences La journaliste qui sommeille en elle n’a pas fini d’écrire. Elle en est présentement à la dernière phase d’un livre qui s’intitulera « The Ostjuden Matrix ». Le terme Ostjuden, d’origine allemande, signifie Juif de l’Europe de l’Est. La littérature, voici son arme de combat. Elle souhaite tellement expliquer, clarifier, démontrer où se cache l’hypocrisie que son livre, elle veut le donner à qui voudra bien en apprendre plus sur ce qu’elle et son peuple ont vécu et continuent de subir. Il y a six ans, les Palestiniens la détestaient et elle peut le comprendre. Maintenant, ils savent que son peuple vit sous la dictature d’une riche diaspora. Son cri du cœur pour clore cette longue et instructive entrevue : « 75 ans, c’est plus qu’assez! Nous allons continuer jusqu’à ce que le monde se réveille et que quelque chose d’enfin positif se produise. »