20 juin 2024

4.0 ? Parce que le passé n’est pas Garant de l’avenir…

La norme 4.0, vous connaissez? Moi, pas vraiment. Dans les faits, lorsque j’ai reçu une invitation de la part de Sous-traitance industrielle Québec (STIQ) pour une rencontre au sujet du Plan d’action numérique du gouvernement du Québec, je me suis demandé si je n’étais pas atteint de la maladie d’Alzheimer pour la simple raison que je n’ai jamais vu passer la norme 3.0! Où sommes-nous rendus? Le 4.0, c’est le « cyber-système », c’est la numérisation d’une chaîne de production qui vise l’automatisation et la robotisation. C’est investir et s’investir dans son entreprise afin d’être en mesure de relever le défi de demain tout en sachant que la région de la Côte-du-Sud ne voit que poindre l’iceberg quant à la pénurie de main-d’œuvre. Pour nous situer, le ministère explique qu’au 18e siècle, le Québec comme l’ensemble de la planète a vécu l’ère de la mécanisation, jusqu’à l’électrification au 20e siècle. L’avènement de l’électronique a complètement modifié les comportements en usine dans les années 1970 jusqu’aux années 1990. Le 4.0, c’est maintenant l’interconnectivité entre les systèmes de production, c’est l’implantation du « cyber-système ». Tous les manufacturiers souhaiteraient l’intégrer en un claquement de doigts mais, malheureusement, la réalité diffère. Chez Garant, ce manufacturier de Saint-François-de-la-Rivière-du Sud, la réflexion a été amorcée il y a cinq ans. L’analyse a permis la transformation vers une culture d’entreprise. Maintenant, place au numérique au cœur des opérations. Ce virage a entraîné des essais au cours desquels des erreurs ont été commises mais la compagnie a sollicité le talent de ses employés, des travailleurs qui connaissent la réalité des problèmes quotidiens. Selon le ministère, moins du quart des entreprises planifient les développements de l’informatique ou procèdent à l’autodiagnostic. Voilà pourquoi Québec investit sur des webinaires comportant des mégadonnées. Trois vidéos sur le sujet sont mises gratuitement à la disposition des intéressés sur des sujets pointus en lien avec les meilleures pratiques d’affaires. Il faut soutenir les PME et grandes entreprises. La première démarche demeure de permettre l’exécution d’un audit qui offre la possibilité de dresser le portrait de la situation réelle versus la situation désirée, de répondre à une cinquantaine de questions et d’avoir l’humilité d’accepter le résultat et le désir d’amorcer ce changement stratégique et technologique. « On en faisait déjà pas mal et on ne le savait pas. Ça prend deux jours pour évaluer et une journée pour faire le plan. Notre constat est que nous avions une équipe professionnelle, dévouée et passionnée. 80% de ce que l’on vend est fabriqué ici. Pour maintenir nos parts de marché, nous devons innover, fabriquer des produits qui durent dans le temps et avoir une excellente mise en marché » explique Jean Gaudreault, président directeur général, dont la devise est de servir ses clients comme on voudrait toujours être servis. Production en hausse de 12% Après un demi-million de dollars investi et quatre années d’expériences intensives, Garant perçoit la lumière au bout du tunnel. Il faut aussi savoir que jamais elle n’aurait atteint ce niveau de performance sans avoir recouru à des sous-traitants de grande qualité pour faire produire ses 400 employés sur trois quarts de travail, sept jours par semaine. Les intégrateurs et ingénieurs en informatique ont conçu un réseau qui a permis à ce jour d’augmenter la production de 12% et d’améliorer l’efficacité de 6%. Garant connaît son inventaire en temps réel et produit maintenant en fonction des commandes des clients. Garant rend ainsi plus performant son centre de distribution qui comprend 2500 produits variés. Plus de 10 000 composantes servent aux productions qui mènent à 110 M$ de ventes annuelles. Ce qu’on a maintenant : presque plus de rapports papier produits et beaucoup moins de gestion de personnel car l’ordinateur montre à l’écran en temps réel le pourcentage de performance au travail. Toutes les données sont colligées et acheminées au serveur qui gère l’ensemble des opérations des secteurs sélectionnés, autant les données en ressources humaines que les informations quant à la sécurité et la santé au travail. Même l’entretien des équipements est dicté par le réseau. « On s’est aperçu qu’on entretenait trop certaines machines et pas assez d’autres que nous utilisions davantage», soutient le pdg. Bien impressionnant à voir de visu et pourtant, Garant amorce le processus. La robotisation et l’automatisation commencent. Il y a plus de 40 postes à revoir. Un projet pilote mené au coût de 750 000$ devrait connaître sa finalité cet automne. L’intelligence artificielle, c’est le nerf de la guerre pour contrer le manque d’employés. Plus d’une vingtaine d’entrepreneurs de la région, du Bas-Saint-Laurent, même du Centre-du-Québec ont assisté à la présentation orchestrée par la STIQ. Un fonctionnaire du ministère me glissait à l’oreille que tous souhaitent prendre le virage d’un cyber-système, mais bien peu se présentent à la ligne de départ parce qu’il y a d’autres priorités, dont la capacité d’investir. Il semble bien que ce ne soit plus le passé qui soit Garant de l’avenir, mais l’intelligence artificielle. Il faut vivre en son temps. Maintenant, qui seront les prochains?