Paul Dion: l’homme aux mille visages

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Par Marie-Eve Picard
Paul Dion: l’homme aux mille visages

À la télévision, au cinéma et sur scène, Paul Dion roule sa bosse depuis maintenant 45 ans. Son talent et sa versatilité le mènent aujourd’hui à incarner le personnage de Gérard Mailhot dans la télésérie de l’heure, District 31. Le téléroman semble inébranlable, alors que la 5e saison diffusée sur Radio-Canada enregistrait 1,6M de téléspectateurs dès sa première épisode. À l’heure actuelle, la durée du contrat de Paul Dion reste indéterminée… donc il se pourrait bien que son personnage nous réserve quelques surprises d’ici la fin de la saison!

Véritable amour

Issu d’une famille d’agriculteurs (Dion et Létourneau) à Montmagny, Paul Dion oriente ses études collégiales en théâtre au CÉGEP Lionel-Groulx et décroche dès sa sortie, en 1975, un rôle au théâtre d’été de Saint-Jean-sur-Richelieu. Il éprouva un véritable coup de foudre d’abord pour ce métier sans filet, ensuite pour la région au point de s’y installer de façon permanente dans le secteur L’Acadie. Lorsqu’il dresse le portait de tous ses rôles au théâtre, sa passion pour la scène est plus qu’évidente. « Je me suis toujours dit que lorsque j’aurais fait plus de 100 spectacles de théâtre dans ma carrière,  je ne les conterais plus… donc ça fait une petite secousse que j’ai arrêté de compter! » rigole-t-il, en entrevue. Enchaînant les rôles dans plus de 25 théâtres d’été, il en aura même créé un à Sainte-Luce-sur-Mer, déménagé au Bic et que l’on connait maintenant sous le nom du théâtre Les gens d’en bas. Il aura joué un peu partout à Montréal, chez Duceppe entre-autres dans la pièce Des souris et des hommes (rôle principal / 90 représentations), puis travaillé pendant une bonne dizaine d’années pour La Comédie Humaine à transporter ses personnages aux quatre coins de la province. Montmagny aura notamment reçu Les Sorcières de Salem.

Au grand écran

À travers les années et parallèlement à la scène, Paul Dion décroche plus de 25 rôles au cinéma. Dès 1978, le réalisateur du film Parlez-moi d’amour, Jean-Claude Lord, l’approche pour le rôle de garde-du-corps du personnage principal. Sa rencontre avec le réalisateur Miche Jetté marque un point culminant dans sa carrière. « En 1998,  j’ai commencé à faire des rôles durs, plus tough comme dans films Hochelaga, Bum Rush et Histoire de Pen« . Il obtiendra d’ailleurs une nomination aux Prix Jutras en 2002 pour ce dernier film.

Nombreuses téléséries

C’est aussi en 1978 qu’il participe à sa Première télésérie dans Faut le faire à Télé-Métropole. L’année suivante, le réalisateur Yvon Trudel lui accorde sa confiance pour le rôle d’Yvon dans Le temps d’une paix. Une rencontre qui le marquera à jamais. « Selon moi, Yvon Trudel a été le plus grand réalisateur de Radio-Canada, c’était un homme d’exception tellement humain! » Yvon Trudel récolte les succès, par exemple avec  Les belles histoires des pays d’en haut, l’une des plus belles expériences télévisuelles de sa vie. Paul Dion aura aussi  fait partie des distributions de Cormoran, Les Filles de Caleb, Scoop, Watatatow, Rumeurs, Le Musée d’Eden, C.A., Providence, Tranche de vie, Ressac, Toute la vérité et Les Pêcheurs, pour ne nommer que celles-ci! Alors que peu de gens l’auront reconnu derrière son spectaculaire maquillage, le comédien a aussi incarné Papou dans la populaire émission jeunesse Cornemuse. « C’était beaucoup de travail : je devais arriver au studio à 5 h 30, on tournait cinq émissions par jour puisqu’il fallait 1 h 30 de maquillage… et on finissait tard le soir! » il admet toutefois avoir adoré l’expérience.

 

Les particularités du métier

Selon M. Dion, René Angélil est celui qui aura décrit le plus justement le métier d’artiste: il faut 33% de talent, 33% de chance et 33% de bons contacts. Les plateaux d’activité révèlent aussi de grandes différences: « Au cinéma, on se débrouille avec les moyens du bord et des budgets souvent restreints, c’est donc l’esprit de famille qui règne! » Il qualifie la télévision comme étant plus impersonnelle : » On part quand notre job est terminée pour revenir après plusieurs jour… on est maître de notre destin, beaucoup plus qu’au cinéma! » Il souligne au passage sa participation dans les productions jeunesse. « Jouer pour les enfants aura été une bénédiction dans ma vie! C’est tellement différent d’une télésérie pour les adultes. »

Reconnaissant

Suspect, gardien de prison, sergent, concierge, abbé, capitaine, grand-papa singe… les interprétations de Paul Dion se seront succédé à travers les années et lui auront permis de vivre de sa passion. Le comédien se compte très chanceux d’avoir pu enchaîner des téléséries à Radio-Canada, en plus des téléthéâtres de l’époque. Selon lui, le contexte des années 80 était beaucoup plus facile qu’aujourd’hui. « C’était les années d’or à Radio-Canada, nos conditions étaient extraordinaires! Il y avait une entraide entre comédiens qu’on voit moins maintenant. » Tout aurait basculé lorsque le privé a pris le contrôle des chaînes télé.  » Ça a changé beaucoup la donne! Voyez-vous, en 1980 on m’offrait le même salaire qu’aujourd’hui, soit 800 $ pour une émission de 30 minutes. Les salaires n’ont pas augmenté, maintenant c’est à prendre ou à laisser! C’est rendu très difficile pour les jeunes qui sortent de l’école de théâtre  » soutient-il. Paul Dion considère avoir pu jouer les extrêmes, soit le rôle du bon gars et celui du méchant. « Chaque rôle pour moi est vraiment un cadeau du ciel… c’est une passion qui ne meurt jamais. »

L’homme qui soufflera ses 70 bougies en mars garde Montmagny tout près de son coeur:  » J’y suis énormément attaché! Cette ville m’a bercé… tous mes souvenirs d’enfance, mes amis et ma famille y demeurent encore! Dans ses rêves les plus fous, Paul Dion voudrait un jour réaliser une production de contes, accompagné d’ami(e)s artistes, comédiens et musiciens de la région, afin de revivre ces belles années où il avait réalisé Les Contes avec Marina Orsini, Macha Grenon et France Castel. Paul Dion n’est pas seulement un comédien, il est un artiste à part entière. Voici son entrevue:

 

Paul Dion en 1998.

 

 

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