09 juin 2024

L’art pour sensibiliser aux changements climatiques

L’artiste de L’Islet, Tania Hillion, présente actuellement son exposition « L’enfant-roi » à la Bibliothèque de Montmagny. Il est possible d’y découvrir 24 portraits qui reflètent la réalité de la société, un monde en pleine expansion où la survie de l’être humain est tributaire d’infrastructures qui reposent sur des ressources non renouvelables mettant en péril l’écosystème. Il s’agit de la deuxième exposition de Tania, qui est également en vedette présentement au Musée de la mémoire vivante avec « Héritages: âme, résistance et transmission ». Celle de Montmagny présente toutefois davantage d’œuvres, en plus de quatre tableaux hors exposition. Tout le monde connaît le principe d’un enfantroi : un jeune que l’on gâte pour acheter la paix et qui devient « infernal » parce qu’il a tout ce qu’il veut. Avec ce concept, elle fait un parallèle avec la quête du progrès en tant qu’humain. « Au cours des 100 dernières années, il y a eu une évolution assez dingue au niveau des avancées en agriculture, au niveau des machines et tout le développement humain », explique-t-elle.

L’être humain a tellement été « gâté » qu’il est difficile de retourner en arrière par rapport à la planète. Pour la réflexion derrière ses tableaux, elle s’est principalement documentée grâce à la BD coécrite par Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain, « Le Monde sans fin », qui traite des conséquences liées aux changements climatiques. L’idée lui est venue spontanément et elle a cherché à avoir assez de références pour bien concevoir l’exposition. « On a réussi avec des machines à libérer en moyenne la charge de 200 êtres humains. Pour entretenir cet exosquelette, il faut puiser dans des ressources fossiles qui ne sont pas renouvelables. Même s’il y a des efforts de l’homme pour aller vers des énergies vertes, la part est infime par rapport à ce que l’on consomme », ajoute-t-elle. Tel que constaté pendant la pandémie, toute la chaîne alimentaire s’avère dépendante des machines. « Il n’y a pas de solution miracle et on est à la fois victime et bourreau parce qu’on est tous impliqués dans cette grosse machine. Malgré nous, on pollue, consciemment on fait des efforts, mais c’est une situation qui est vraiment compliquée. » L’être humain vit à une époque où il se questionne sur la viabilité de la planète. « On est complètement enlisé dans nos propres paradoxes et cette quête de progrès. Elle est quelque part contre-productive à long terme. »

Un visage qui dit tout Elle s’est inspirée de photos de personnes de son entourage et d’amis pour la réalisation des portraits. « C’était très clair dans ma tête que je voulais qu’il y ait beaucoup de tableaux, parce qu’il y a vraiment une thématique derrière sur la quantité de gens qui sont sur terre et des ressources que l’on consomme. » Les personnages regardent vers le haut comme un enfant qui attend et qui demande, d’une certaine façon, de rendre des comptes sur la situation. « Libre à chacun de voir ce qu’il voudra par rapport au regard, mais le sujet interpelle une forme d’autorité. Mais, qui est-ce qu’on blâme? On ne sait pas qui », précise-t-elle. Le visage a toujours fasciné Tania. « Un visage raconte une histoire à lui tout seul. Une personne par sa propre expression peut te faire peur, te faire sourire, te dégoûter. C’est tellement expressif! Et quand tu l’inscris dans un concept, je trouve que ça fait partie d’un récit plus large. Mais vraiment, je m’amuse beaucoup! » Le vernissage officiel de l’exposition a eu lieu le 28 février. Il sera possible de découvrir les différentes toiles exposées jusqu’au 7 mai prochain.