Des choix déchirants

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Par Anne-Frédérique Tremblay
Des choix déchirants
Valérie Bédard, psychoéducatrice à l’école secondaire Louis-Jacques-Casault et Johanne Ouellet, animatrice de vie spirituelle et d’engagement communautaire (AVSEC).

Le manque de ressources dans le cadre scolaire des professionnels est de plus en plus dénoncé parmi les syndicats. Une grève a d’ailleurs eu lieu le 29 avril pour permettre un avancement des négociations auprès du gouvernement. Valérie Bédard, psychoéducatrice à l’école secondaire Louis-Jacques-Casault, a accepté de témoigner auprès du Journal de la situation vécue par les professionnels.

Valérie Bédard travaille à temps plein pour l’école Louis-Jacques-Casault de Montmagny depuis 2006. Chaque année, elle doit voir au moins un tiers des élèves, et ce, au minimum pour une rencontre ou encore pour un suivi quotidien. Elle observe des difficultés dans sa profession depuis environ dix ans. Elle remarque en effet qu’auparavant, l’école dénombrait plus d’élèves, mais qu’au moins de 25% d’entre eux avaient un suivi. Maintenant, plus du tiers des élèves ont besoin d’un suivi, mais il est plus difficile pour les professionnels de répondre à toutes les  demandes par manque de ressources. De plus, on constate que la prévention est essentielle pour outiller les élèves, mais le temps manque.

«C’est vraiment un choix parfois! On se dit : est-ce que je m’occupe de l’élève qui ne va pas bien et qui est en crise, qui est en conflit avec les amis, les parents ou je fais un atelier de prévention à tous les secondaires 1 pour faire des choix éclairés sur, exemple, le vapotage, latoxicomanie», énonce Mme Bédard.

Elle poursuit en mentionnant qu’il peut y avoir des choix difficiles à faire au quotidien dans leurs tâches.

«Ça passe par la prévention et parfois, ça passe par des choix déchirants. Je dois faire des plans d’intervention, je dois m’occuper des élèves qui demandent plus, mais je veux aussi penser à tous ceux qui peuvent profiter de la prévention et des ateliers».

Mme Bédard précise qu’elle n’a pas songé à quitter son emploi, mais qu’elle peut comprendre les professionnels qui peuvent le considérer. Elle souligne que l’équipe à Casault est très diversifiée, mais il y a des écoles où le professionnel est isolé et seul à tout gérer.

Public vs Privé
Plusieurs professionnels qui débutent leur emploi sont sollicités tant au public qu’au privé. En réalisant la lourdeur de la tâche au public, où les intervenants doivent souvent couvrir plusieurs établissements, nombreux sont attirés par le secteur privé en raison des avantages. Résultat, il y a un manque de personnel croissant dans les écoles parmi les professionnels.

La rétention du personnel serait la première
chose que Mme Bédard changerait. Selon elle, ce serait gagnant. Plus de gens sur le terrain permettraient de mieux répartir les suivis et répondre davantage aux besoins des élèves.

«Je suis psychoéducatrice, mais je ne ferai pas les évaluations. Tout le monde est essentiel. Une conseillère en orientation, j’en ai besoin d’une quand c’est le temps de voir que le jeune que je suis n’a aucune idée de ce qu’il veut faire. Il aimerait ça avoir des idées. Ça prend un peu de tout le monde dans chaque école», évoque la psychoéducatrice.

Johanne Ouellet, animatrice de vie spirituelle et d’engagement communautaire (AVSEC), principalement présente à L’Islet, pense que réduire les groupes et engager plus de TES pourraient aider.

«Vous aviez dit que vous allez mettre des ressources, mais elles sont où ces ressources? Je pense qu’il y a toujours moyen de faire quelque chose, d’engager plus de TES. Ce que les professionnels vont dire aussi, c’est qu’il y a plus d’élèves en difficulté dans les groupes qui sont plus gros, ça fait longtemps que c’est demandé de réduire les classes. On est tous d’accord avec ça, les enseignants le disent, le moyen de pression ce n’est pas tant le salaire, c’est aussi de dire d’ajouter des ressources et diminuer les classes un peu pour réduire la charge des enseignants», mentionne-t-elle.

Les plus discrets difficiles à détecter
Chaque année, 30 à 40 jeunes par niveau sont identifiés à risque de décrochage scolaire. Il s’agit d’une priorité à l’école secondaire. Ils sont donc sous surveillance.

«Ce sont beaucoup de jeunes, alors je vais m’occuper plus de ceux qui vont déranger ou qui vont plus demander, mais on va en oublier. C’est ce que je trouve qui vient nous chercher comme membre d’une équipe professionnelle, parce qu’on est passionné et on tient à ce que les élèves réussissent. On se rend compte parfois qu’on ne les a pas vus venir et que finalement, ils ont décroché, se sont rendus en adaptation scolaire ou vont faire des changements de parcours et ne pas terminer leurs études», raconte Mme Bédard.

Enfin, le manque de ressources amène beaucoup de gestion additionnelle dans le milieu et les listes d’attente augmentent.

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