20 juillet 2024

Dina Randriamanana, la
combattante sourire

Dina Randriamanana a expérimenté les montagnes russes de la vie depuis son arrivée au Québec en novembre 2020 en tant que travailleuse étrangère temporaire. Alors qu’elle a connu le bonheur de l’amour et de la maternité, elle a aussi vécu l’abandon d’une entreprise d’ici et des différentes instances gouvernementales pourtant supposées la protéger.

Le sourire resplendissant du Dina illumine son environnement comme le soleil tropical de son Madagascar natal. De là, elle voyait le Québec comme étant ‘’un état juste et égalitaire’’, contrairement à son pays d’origine ‘’rongé par la corruption’’. C’est pour cela que lorsqu’une firme de recrutement international lui a proposé un travail au Québec pour une entreprise de la MRC de Montmagny à titre de travailleuse étrangère temporaire, elle a quitté son poste d’assistante pour s’embarquer dans l’aventure.

‘’Au départ, mon contrat de travail fermé était pour une durée d’un an mais, avant mon départ, la firme m’a assuré qu’il serait renouvelé jusqu’à ce que je puisse appliquer pour ma résidence permanente’’ avance-t-elle.

Ainsi, avec deux collègues d’origine malgache, elle a franchi les 13 800 kilomètres séparant son île tropicale de l’Océan Indien de la belle, mais froide province en novembre 2020, en pleine pandémie de COVID-19. Elle s’est vite amourachée de sa terre d’accueil malgré la température hivernale. ‘’J’ai été tout de suite séduite par le vaste territoire et la beauté du paysage’’, énonce Dina.

Une fois complétée la période d’isolement pandémique, elle a joint les rangs de la MRC de Montmagny avec ses deux collègues malgaches. Celle-ci apprécie particulièrement l’hospitalité et l’ouverture de sa nouvelle communauté, qui l’a accueillie à bras ouverts.

C’est une cliente qui a lui a présenté Daniel Denault, un Magnymontois pure laine. ‘’Au fil de nos rencontres, l’amour est né entre Daniel et moi, puis il a grandi jusqu’à ce qu’on forme un couple’’, explique Dina.

Et, en octobre 2021, une nouvelle est venue combler le couple de bonheur : Dina était enceinte de leur premier enfant.


Tout s’écroule

Alors, en toute bonne foi, Dina partage la bonne nouvelle avec son employeur, qui avait déjà entamé les procédures de renouvellement de son contrat de travail fermé venant à échéance le 24 novembre 2021. ‘’Quelques jours plus tard, on m’informait verbalement que mon contrat de travail fermé n’était finalement pas renouvelé, car je n’étais plus bénéfique pour l’entreprise. On m’a dit de rembarquer dans un avion et de retourner accoucher dans mon pays. J’étais stupéfaite’’, soutient-elle.

Le Journal a eu accès à une Attestation de travail émise par l’employeur de Dina confirmant le non renouvellement de son contrail de travail fermé, mais ne contenant aucun motif au soutien de cette position. De plus, il a été capable de confirmer que le contrat de travail fermé des deux autres collègues malgaches de Dina avaient, quant à eux, été renouvelés.

Conséquemment, dès le 25 novembre 2021, le visa de Dina a été relégué à celui de tourisme. Par le fait même, enceinte de quelques mois, elle a perdu la couverture de ses soins de santé par la Régie de l’assurance maladie du Québec.

Unis dans l’adversité

Selon la CNESST, les travailleuses et travailleurs étrangers temporaires ont les mêmes droits et obligations en matière de travail que l’ensemble des travailleurs du Québec. Selon les Normes du travail du Québec, il est interdit de mettre fin au lien d’emploi d’une femme au motif qu’elle est enceinte.

‘’Oui, j’ai fait une plainte à la CNESST pour congédiement illégal. Néanmoins, la personne responsable de mon dossier m’a demandé de lui apporter des preuves. Pensait-elle sérieusement que mon ex-employeur allait écrire qu’il ne renouvellerait pas mon contrat de travail car j’étais enceinte?’’, soutient Dina, maintenant épaulée par Daniel dans son combat pour faire reconnaitre ses droits. Néanmoins, le dossier n’a pas eu de suites. Le couple a aussi entamé promptement une demande de résidence permanente en vertu du programme de regroupement familial, mais celle-ci implique plusieurs mois, voire années, d’attente.

‘’J’ai vécu une grossesse partagée entre deux émotions. D’un côté, j’étais comblée. De l’autre, j’étais très stressée à cause de ma situation’’, explique-t-elle. Le 17 mai 2022 est né le premier enfant du couple, une fille pleine de vie. ‘’Lorsque j’ai vu son regard, pour un instant, j’ai oublié tous mes problèmes, et j’ai été envahie de bonheur’’, raconte la jeune maman.

Une facture de 10 750 $ pour accoucher

Néanmoins, quelques jours plus tard, Dina reçoit une facture de 10 750,92 $ du CISSS de Chaudière-Appalaches pour les services médicaux rendus lors de l’accouchement, car la RAMQ a refusé de couvrir ces frais. ‘’Je suis citoyen québécois. Nous sommes mariés. Dina a payé de l’impôt depuis son arrivée au Québec. Notre fille, c’est notre projet à deux. Ça ne fait aucun sens qu’on ait à payer cette facture”, s’indigne Daniel.

Dès lors, le couple se mobilise afin de régulariser la situation. Ils contactent d’abord la RAMQ, qui maintient sa position, tout en leur indiquant qu’ils ne se qualifient pas pour des mesures exceptionnelles. Ils ont aussi contacté le député provincial Mathieu Rivest, le ministre de la santé Christian Dubé, le ministre fédéral Barnard Généreux et même le premier ministre François Legault. ‘’Tous les élus à qui nous avons parlé sont sensibles à notre situation et la trouvent injuste. Néanmoins, personne n’est capable de la régler’’, avance Dina. Fait particulièrement inconséquent : Dina a été déclarée admissible au Régime québécois d’assurance parentale et elle a touché ses prestations durant son congé de maternité.Un dossier inachevé.

En date du présent article, le couple a dû conclure une entente de paiement mensuel avec le CISSS de Chaudiere-Appalaches pour éviter différentes procédures de recouvrement. Dina et Daniel souhaitent toujours l’intervention d’un allié providentiel qui saura régler cette injustice et informer les étrangers qui pourraient se retrouver dans la même situation.

Quant à elle, Dina a trouvé un nouvel emploi dans une organisation de la région, au sein de laquelle elle s’épanouit. Malgré les embûches, elle n’a jamais perdu son lumineux sourire. ‘’ Mes parents m’ont enseigné à sourire aux autres. C’est une chose simple de la vie qui permet de propager le bonheur autour de nous et d’embellir la vie des autres’’ s’exclame-t-elle. Aussi, elle a récemment appris que sa demande de résidence permanente avait été acceptée par le gouvernement du Canada.Et comme le fruit ne tombe jamais loin de l’arbre, leur fille, maintenant âgée de 2 ans, qu’ils ont appelée Kintana, ce qui signifie étoile en malgache, est tout aussi rayonnante de bonheur et de joie de vivre que sa mère.