Une nuit à l’urgence

Photo de Céline Chabot
Par Céline Chabot
Une nuit à l’urgence
DCIM100GOPRO

La semaine dernière, je me suis retrouvée à l’urgence de notre hôpital pour un court séjour. Ainsi ai-je pu constater ce qui suit…
Pendant que vous ne dormez pas – comment diantre le pourriez-vous dans pareille ambiance? – vous assistez à un spectacle rare: sous vos yeux défile au quotidien un condensé de la misère humaine. Patience, compétence et compréhension lui font face.

Ploc, ploc, ploc, votre percolateur à bras égraine les secondes en gouttes de sérum. C’est la nuit des longues gouttes d’eau, où le seul traître est votre propre corps. Elle semblera interminable. Les patients – certains pas tant que ça – vont et viennent; une nouvelle civière, deux, trois, bientôt quatre. Ils remplaceront ceux qui ont réchauffé leur place.

Quelques-uns de ces derniers prendront le chemin d’une chambre à l’étage, certains plus chanceux celui de la maison et d’autres, enfin, la voie qui mène à un endroit inconnu. On ne les reverra plus.

Pendant ce temps – et c’est là le plus important car vous observez toujours attentivement – infirmières, préposés, médecins, stagiaires et ambulanciers s’affairent. On pète, on tousse, on vomit, on s’étouffe, on demande de l’aide, on pleure… Ils sont là. Eux ne s’énervent pas. Ils écoutent, ils soulagent. S’agit-il de ramasser les déjections dans les chaises d’aisance, de répéter dix fois à celui qui oublie que les examens c’est pour demain, que là c’est la nuit et qu’il faut faire dodo, le ton est toujours doux, apaisant. La moyenne des ours aurait depuis longtemps perdu toute patience et abandonné le combat. Eux, non. Ils m’ont franchement impressionnée.

Depuis la pandémie on les appelle nos anges gardiens. Pourtant ils veillent sur nous depuis toujours. Bien gentil, se promener avec des pancartes pour les remercier et leur dessiner des arcs-en-ciel virtuellement vitaminés. Quand même, ça ne les aide pas vraiment. Que faire alors, que faire comme le disait notre cher Sol? Si l’on maintient un comportement responsable – autant que faire se peut – en évitant tout risque inutile, ce sera déjà ça de gagné.

En attendant, chers travailleurs de la santé, sachez que vous faites l’objet de la plus profonde gratitude et de l’immense respect que vous méritez amplement. Et même là, il semble que ce ne soit pas encore suffisant.

Partager cet article
S'inscrire
Me notifier des
guest
6 Commentaires
plus ancien
plus récent plus voté
Inline Feedbacks
Voir tous les commentaires
Isabelle Normand
Isabelle Normand
10 mois

Excellent texte! Et tellement vrai!

Julie Laberge
Julie Laberge
10 mois

Vous avez entièrement raison Mme Chabot. J’ai eu besoins de m’y rendre il y a plusieurs années pour moi et pour mon fils étant plus jeune.

Les services y était tout aussi excellent. Comme vous parliez, Mme Chabot, le personnel qui y travaille est vraiment entrainé à réagir calmement et de façon très courtoise.

Vous étiez et vous êtes encore des « ÉQUIPES EN OR », précieux et indispensables.

J’espère qu’un jour, le gouvernement vous récompensera à votre juste valeur avec des conditions plus acceptables.

MERCI ET LÂCHEZ PAS!!!!!

Christiane
Christiane
10 mois

C’est un texte magnifique, bravo Céline!

Elaine Coulombe
Elaine Coulombe
10 mois

Tout cela est bien vrai que ce soit de l’urgence aux soins intensifs out tout autre département. Ces gens ont mon admiration, mon respect et ma gratitude. On voudrait pouvoir leur rendre le tout au centuple… que ce ne serait pas suffisant. Merci d’en parler aussi sincèrement.

Dominique
Dominique
10 mois

Tres beau texte

Yannick Patelli
Yannick Patelli
2 mois

Quel talent d’écriture. Cela s’avère de plus en plus vrai !