02 février 2026

Former autrement pour affronter les défis climatiques

La transformation écologique de l’enseignement supérieur ne passera pas uniquement par de grandes réformes ministérielles, mais aussi par des gestes concrets posés au quotidien dans les salles de classe. C’est le message que retient Rénée Gaulin, professeure de littérature au Centre d’études collégiales de Montmagny (CECM), à la suite de sa participation aux États généraux de l’enseignement pour la transition écologique et sociale (EGETES), tenus du 7 au 10 janvier au Collège Montmorency de Laval.

L’événement a réuni plus de 200 délégués, dont des étudiants, des enseignants de cégeps et d’universités ainsi que des représentants syndicaux. Les propositions provenant des panels de discussion seront maintenant analysées et regroupées par des sous-comités, avant d’être reformulées puis acheminées à la Fédération des cégeps et au ministère de l’Éducation.

L’objectif est de voir émerger, d’ici 2027 ou 2028, des orientations ministérielles concrètes en matière de transition socioécologique en enseignement supérieur. Au cœur des discussions figurait la nécessité d’intégrer davantage ces enjeux dans les cours, sans attendre nécessairement une révision officielle des programmes.

Les EGETES s’inscrivent dans un vaste processus amorcé par un sondage pancanadien mené en 2024 afin d’évaluer si le système d’enseignement supérieur prépare adéquatement les étudiants aux défis à venir. « Les réponses ont fait ressortir un malaise clair. On ne forme pas suffisamment les jeunes pour affronter les bouleversements qui s’en viennent, qu’ils soient climatiques, sociaux ou financiers », résume Mme Gaulin.

Des changements déjà possibles

Selon Mme Gaulin, plusieurs enseignants disposent déjà d’une marge de manœuvre importante pour adapter leurs pratiques pédagogiques. « On peut intégrer ces préoccupations dans nos cours actuels, en proposant des projets concrets qui donnent du sens aux apprentissages. Trop souvent, le contenu demeure très théorique pour les étudiants », observe-t-elle.

En littérature, les possibilités sont nombreuses. La professeure évoque notamment des occasions où elle invite ses étudiants à sortir de la classe pour rédiger un texte réflexif ou poétique sur les berges du fleuve.

« C’est exactement la même activité, mais le simple fait d’être en contact avec la nature change tout. On entend les oiseaux, le vent, on développe une sensibilité différente. Ça nourrit la créativité, mais aussi le rapport à l’environnement », explique celle qui croit que ces expériences peuvent laisser des traces durables.

Cet engagement ne date pas d’hier pour la professeure du CECM. Il y a plusieurs années, elle a participé à la création du comité vert étudiant Les Avertis. À l’époque, le recyclage n’était même pas en place dans l’établissement. « On a dû faire des levées de fonds pour acheter des bacs et je les vidais moi-même parce que ce n’était pas prévu dans les contrats du personnel d’entretien », se souvient-elle.

Le comité a également mis sur pied des initiatives alors peu répandues, comme l’utilisation de sacs d’épicerie en tissu, de tasses réutilisables et l’organisation d’événements mettant en valeur les producteurs locaux.

Malgré ces efforts, Mme Gaulin constate que la sensibilisation demeure un travail constant. « Encore aujourd’hui, des étudiants jettent leurs canettes à la poubelle alors que le bac de recyclage est juste à côté. L’éducation, c’est toujours à recommencer, » déclare-t-elle.

Sans se dire pessimiste, elle se décrit comme réaliste face à l’ampleur des changements climatiques : « On a trop longtemps ignoré les avertissements de la science. Aujourd’hui, on en subit déjà les contrecoups. »

Pour elle, l’espoir passe par un changement profond des façons de vivre et par une plus grande implication citoyenne. « L’éducation a un rôle fondamental à jouer pour préparer les générations futures à relever ces défis, » conclut-elle.