Selon les informations obtenues dans le cadre d’une demande d’accès à l’information formulée auprès du Ministère de la Justice du Québec, le nombre de nouveaux dossiers criminels impliquant des jeunes contrevenants au Tribunal de la jeunesse du district judiciaire de Montmagny est passé de 25 en 2024 à 47 en 2025, soit une hausse de 88%. Au-delà de ces statistiques, le Journal est allé à la rencontre des intervenants sur le terrain afin de mieux cerner et comprendre la violence chez les jeunes d’ici.
Me Pascale Gaudette la procureure aux poursuites criminelles et pénales au Tribunal pour adolescents dans le district judiciaire de Montmagny observe une tendance qui inquiète sur le terrain. « Mon expérience personnelle me permet de dire qu’il y a une hausse des dossiers à caractère violent ».
Selon celle-ci, les causes entendues concernent de plus en plus des crimes contre la personne. « On voit beaucoup de voies de fait, des menaces de mort, et malheureusement, une hausse importante des dossiers d’agressions sexuelles », précise-t-elle.
Un autre élément préoccupant est la présence de dossiers impliquant des armes à feu dans des milieux où ce type de situation était auparavant rare. « Ce sont des dossiers qu’on ne voyait pas nécessairement avant en région, et ça, c’est inquiétant », souligne la procureure.
Elle constate également l’émergence de situations impliquant des groupes de jeunes. « On voit des phénomènes où plusieurs jeunes veulent se faire justice eux-mêmes », explique Me Gaudette.
Ces gestes surviennent parfois à la suite de rumeurs ou de conflits entre pairs. Les réseaux sociaux jouent également un rôle dans certaines situations. « On voit davantage de crimes commis par l’entremise des réseaux sociaux », observe-t-elle, évoquant une forme de désinhibition derrière les écrans.
Malgré cette tendance, aucun portrait unique du jeune contrevenant ne se dégage. « On voit des jeunes qui proviennent de tous les milieux », affirme Me Gaudette. Certains facteurs reviennent toutefois plus souvent, notamment les mauvaises fréquentations, la consommation d’alcool ou de drogues, l’immaturité et l’influence des pairs.
Malgré la hausse observée dans certains dossiers, le système de justice pour la jeunesse demeure centré sur la réadaptation. De plus, la Loi sur le système de justice pénal pour les adolescents (LSJPA) vise à leur offrir des perspectives positives compte tenu leurs besoins et leur développement. « [La LSJPA] vise à protéger le public, mais en responsabilisant les jeunes. La pierre angulaire, c’est la réadaptation et la réinsertion sociale », rappelle Me Gaudette.
Avant même qu’un dossier ne soit judiciarisé, certaines situations peuvent être orientées vers le programme de sanction extrajudiciaire. Il s’agit d’une alternative pour certains types d’infractions. Il mise également sur la responsabilisation et la prise de conscience. « La plupart des jeunes qui passent par ces programmes, on ne les reverra pas. Pour la plupart des jeunes, les résultats sont très positifs », conclut la procureure.
Une hausse à relativiser
Le criminologue Mathieu Dion et la cheffe de service des jeunes contrevenants à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) du CISSS de Chaudière-Appalaches, Stéphanie Bouchard, dressent un portrait nuancé de la délinquance chez les adolescents du district judiciaire de Montmagny. « Notre terrain de jeu, c’est vraiment les délinquants, ceux qui ont commis des délits », précise d’entrée de jeu M. Dion. Dans le secteur de Montmagny et L’Islet, 70 délits ont été recensés en 2025, soit environ 10,5 % du total régional. Les données récentes montrent une hausse par rapport à la période pandémique, mais cette augmentation doit être mise en perspective. « Il y a eu une diminution drastique pendant la pandémie. Si on compare avec les années d’avant, on revient sensiblement au même volume », explique le criminologue. Ce dernier ajoute qu’il est difficile d’établir des liens directs avec certains événements médiatisés. Mme Bouchard rappelle quant à elle qu’un délit commis il y a plusieurs années peut être traité aujourd’hui, donnant l’impression d’une hausse récente.
Les délits à caractère sexuel demeurent les plus fréquents et représentent environ 42 % des infractions commises par les adolescents dans la région. Les intervenants constatent par ailleurs que les réseaux sociaux ont transformé certaines réalités, notamment par l’émergence de nouvelles formes de délits liés au partage d’images ou à l’intimidation en ligne. « La majorité des jeunes que nous suivons passe par des sanctions extrajudiciaires », souligne Mme Bouchard. Celles-ci peuvent inclure des travaux communautaires, une médiation avec la victime, des lettres d’excuses ou des ateliers adaptés au profil du jeune. Au cours de la dernière année, 22 mesures de ce type ont été réalisées. « L’école demeure le meilleur facteur de prévention, suivie des loisirs encadrés parce qu’ils favorisent des liens positifs avec des adultes et des pairs », note M. Dion.
Un changement de comportement comme l’isolement, l’abandon d’activités ou la modification des habitudes peut être un signal d’alerte. « Il faut en parler sans jugement, pour que les jeunes sentent qu’ils peuvent se confier », conclut Mme Bouchard.