21 janvier 2026

La confiance des PME en chute libre

Entre la guerre tarifaire relancée par l’administration américaine, le resserrement des règles entourant les travailleurs étrangers temporaires et la hausse persistante des coûts d’exploitation, le climat d’affaires s’est considérablement assombri en Chaudière-Appalaches, dont fait partie la Côte-du-Sud, pour atteindre un creux. Ce constat est partagé à la fois par la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) et que par les acteurs de développement économique sur le terrain.

Selon le Bilan des PME du Québec 2025 publié par la FCEI, l’indice de confiance des petites et moyennes entreprises s’est établi à 43,7, soit le deuxième pire résultat des 16 dernières années. Un niveau bien en deçà du seuil de 65, considéré comme représentatif d’une économie en santé. L’incertitude, combinée à une diminution de la demande et à la pénurie de main-d’œuvre, a miné le moral de nombreux dirigeants.

Sur le terrain, ce ressenti est bien réel. « On comprend que le chaos qui existe présentement, avec les tarifs américains et les nouvelles règles en immigration temporaire, fait qu’il y a une perte de prévisibilité. Or, les entrepreneurs aiment savoir où ils s’en vont, au moins à moyen terme », explique Sylvain Thiboutot, directeur du service de développement économique à la MRC de L’Islet.

Cette instabilité se reflète notamment dans le nombre de nouvelles entreprises. « On observe moins de démarrages qu’au cours des années précédentes », note-t-il. En revanche, le phénomène de la relève entrepreneuriale prend de l’ampleur, porté par la courbe démographique. De plus en plus de propriétaires souhaitent céder leur entreprise dans un horizon de cinq à dix ans.

Néanmoins, réussir une transition d’entreprise demeure un exercice complexe. « La planification doit commencer longtemps d’avance, autant sur le plan stratégique que fiscal. Malheureusement, peu de gens ont ce réflexe de planifier cinq ou dix ans à l’avance », souligne-t-il.

Productivité et formation au cœur des préoccupations

À l’aube de 2026, la résilience s’impose comme le mot d’ordre. Pour M. Thiboutot, les entreprises devront miser davantage sur la productivité afin de demeurer compétitives. « On va voir une préoccupation accrue pour l’efficacité des processus de production, notamment par l’intégration d’équipements numériques et la robotisation. Mais il faut aussi que la main-d’œuvre soit formée pour suivre cette évolution technologique », insiste-t-il.

Dans cette optique, la MRC a mis en place, en collaboration avec le Cégep de La Pocatière, des diagnostics d’entreprise destinés aux PME de 50 employés et moins. Ces interventions permettent d’identifier des pistes concrètes d’amélioration de la productivité. Un volet complémentaire axé sur les besoins de formation de la main-d’œuvre est également en développement.

Des freins bien identifiés

Les données de la FCEI confirment que la demande insuffisante demeure le principal frein à la croissance des PME québécoises, touchant 51 % des entreprises. La pénurie de main-d’œuvre qualifiée (47 %) et le manque de fonds de roulement (28 %) complètent le trio de tête. À cela s’ajoutent des pressions importantes sur les coûts, notamment les charges salariales, les assurances et la fiscalité.

Malgré tout, l’esprit entrepreneurial demeure bien vivant. « Il faut en faire plus. Pour croître, surtout dans le secteur manufacturier, on ne peut pas se limiter à notre territoire. Il faut être capable de déborder les frontières, même celles du pays », résume M. Thiboutot.

Face à ces défis, la MRC de L’Islet mise principalement sur l’accompagnement. « Environ 80 % de nos interventions sont du service-conseil : démarrage, expansion, consolidation ou relève. On a aussi un petit fonds pour offrir des prêts, mais notre force, c’est vraiment l’accompagnement », précise-t-il.

Un soutien de proximité qui, dans un contexte économique difficile, s’avère plus que jamais essentiel pour maintenir la vitalité des entreprises locales, véritables poumons économiques des régions, comme le rappelle la FCEI.