Le resserrement du Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET), qui limite désormais à 10 % la proportion de travailleurs étrangers à bas salaire au sein d’une entreprise, suscite des préoccupations croissantes dans plusieurs secteurs économiques de la Côte-du-Sud. En effet, alors que l’objectif fédéral est de réduire la dépendance à la main-d’œuvre étrangère, sur le terrain, plusieurs employeurs évoquent des défis importants pour maintenir leurs opérations.
Pour la directrice générale de la Chambre de commerce de Kamouraska–L’Islet, Anne-Christine Charest, la mesure touche directement un grand nombre d’entreprises membres.
« Le resserrement des règles du Programme des travailleurs étrangers temporaires a effectivement des répercussions pour plusieurs de nos entreprises », explique-t-elle. Selon elle, des secteurs comme la transformation, le manufacturier, l’agroalimentaire, la restauration et certains services dépendent du programme pour compenser la rareté de main-d’œuvre locale.
La nouvelle limite entraîne déjà certaines conséquences telles qu’une baisse possible de la capacité de production, une pression accrue sur le recrutement local et des risques pour la compétitivité. « Nos membres privilégient toujours l’embauche locale, mais dans plusieurs secteurs, la main-d’œuvre disponible est insuffisante », précise Mme Charest, qui souhaite que le dialogue se poursuive avec les autorités afin de trouver un équilibre entre les besoins du marché du travail et la réalité des entreprises.
Du côté de Paber Aluminium, les conséquences ne se feront pas sentir immédiatement, mais l’entreprise anticipe une situation difficile à moyen terme. « Nous prévoyons le départ de 17 travailleurs au cours de la prochaine année et l’impact sera majeur sur l’entreprise », indique la vice-présidente logistique, stratégie et communications, Geneviève Paris.
Selon elle, la limite de 10 % pour ces postes est un enjeu de taille pour l’entreprise.
L’organisation tente actuellement de trouver des solutions pour renouveler leurs permis, mais les perspectives demeurent incertaines. Parallèlement, les efforts de recrutement local se poursuivent, sans toutefois donner les résultats espérés.
« Il est très difficile de trouver des candidats avec l’expérience que nous avions avec ces travailleurs étrangers. Nous devons prévoir beaucoup de formations pour des candidats sans expérience », explique-t-elle.
Mme Paris rappelle également que la notion de « bas salaire » dans le cadre du programme est plus large qu’on pourrait le croire. Au Québec, le seuil est fixé à 34,62 $ l’heure, ce qui inclut des postes spécialisés et bien rémunérés.
la production
À la Fonderie Poitras, les conséquences sont encore plus immédiates. L’entreprise, qui bénéficiait auparavant d’un seuil pouvant atteindre 20 % dans le cadre du traitement simplifié, doit maintenant composer avec la nouvelle limite.
« La règle du 10% est vraiment un enjeu pour nous », explique la conseillère en ressources humaines, Chantal Pelletier. L’impact opérationnel est majeur. « On ferme une ligne complète de production par jour. C’est environ une perte du cinquième de notre production, » ajoute-t-elle.
La situation crée également de l’incertitude chez les travailleurs étrangers déjà en poste. Plusieurs s’inquiètent de leur avenir, tandis que certains remettent en question leur projet de rester au Québec.
« Il y en a qui trouvent que les exigences pour obtenir la résidence permanente sont trop élevées et qui se demandent s’ils vont y arriver », souligne Mme Pelletier.
Le secteur agricole constitue toutefois un cas à part. Selon Yan Gosselin, agent à la vie syndicale au Syndicat de l’UPA de la MRC de Montmagny, les entreprises agricoles ne sont pas soumises à la limite de 10 %. « Une ferme pourrait avoir 100 % de travailleurs étrangers temporaires et aucun travailleur québécois », précise-t-il.
Au final, sur le terrain, les entreprises devront s’adapter. Malgré tout, plusieurs craignent que l’équilibre entre les objectifs gouvernementaux et la réalité du marché du travail demeure difficile à atteindre.