22 février 2024

Le baptême du Phénix

Après des centaines d’heures investies, Kevin Gagné et Raymond Lachance ont lancé leur canot à glace fait selon la méthode traditionnelle sur les eaux du fleuve Saint-Laurent. Environ 200 personnes se sont réunies sur les berges pour assister au dévoilement de cet œuvre, le canot à glace faisant partie du patrimoine immatériel de la Ville de Montmagny. « Le Phénix » est le nom qui fut choisi pour l’embarcation. Kevin Gagné a expliqué aux gens rassemblés devant lui qu’il s’agissait d’un oiseau de la mythologie qui avait la capacité de renaitre de ses cendres. Il ajoute qu’il s’agissait d’une belle métaphore, car il a choisi de démarrer ce projet afin de faire renaitre la tradition du canot à glace en bois construit selon la méthode d’antan, car même si cette dernière fait partie du patrimoine immatériel de Montmagny, aucun n’avait été fabriqué depuis les années 80.

Afin de faire naitre « Le Phénix », Raymond Lachance jouait le rôle du maître d’œuvre et porteur de traditions maritime. Kevin Gagné est celui qui est allé vers M. Lachance pour démarrer le projet, curieux d’apprendre les techniques d’antan et souhaitant les faire perdurer dans le temps. Le projet aurait demandé environ 430 heures de travail aux deux hommes malgré que plusieurs sont venus donner un coup de main. La première mise à l’eau du canot a attiré environ 200 personnes sur les berges du fleuve à Montmagny, tous venu découvrir le travail des artisans. Dans la foule, on retrouvait des passionnés du canot à glace, mais aussi des gens simplement curieux de découvrir cet élément de leur patrimoine.

Une cérémonie comme dans le temps En plus d’avoir suivi les méthodes traditionnelles pour la construction de l’embarcation, les instigateurs du projet souhaitaient aussi répéter certains rituels qui se tenaient à l’époque avant de mettre un canot à l’eau pour la première fois. Comme aucun abbé n’était disponible pour venir bénir le canot, la femme de Raymond Lachance, Johanne Simard, a récité la prière à Sainte-Anne, cette dernière étant considérée comme la protectrice des marins. La fille de Kevin Gagné, Rosemary, a fait la lecture d’un petit texte de bénédiction luis a fracassé une bouteille de rhum sur la coque du canot. Il s’agit d’une tradition que les canotiers faisaient afin de baptiser leur embarcation. Richard Lavoie, ethnologue, a aussi pris la parole afin de réciter un texte poétique de Virgil Benoît, professeur émérite à l’université du Dakota du Nord, qui rappelle l’épopée du canot à glace au Québec. Selon M. Lavoie, la navigation en canot sur les glaces du Saint-Laurent vers L’Isle-aux-Grues et l’Île-aux-Oies remonterait à aussi loin que les années 1680.

Pour conclure l’après-midi, les constructeurs du bateau ont pu l’essayer sur le fleuve avec une petite équipe unissant plusieurs générations.

Prochainement sur vos écrans Bruno Boulianne, cinéaste documentariste, et son équipe ont suivi la plupart des étapes du travail de M. Lachance et de M. Gagné. Ils ont également capturé plusieurs rencontres qui se sont déroulées pendant le projet. Il ne s’agissait pas du premier film que M. Boulianne réalisait dans la région de Montmagny, ce dernier étant celui derrière « L’Homme de l’Isle », tourné à l’Île-aux-Oies et sorti en 2018. C’est d’ailleurs lors du tournage de ce film qu’il a rencontré M. Gagné et que les deux hommes ont commencé à parler du projet de construire un canot en bois de manière traditionnelle. Le réalisateur prévoit faire un lancement de son documentaire à Montmagny, mais comme il reste quelques scènes à capturer à l’hiver 2024, il ne peut pas révéler à quel moment l’activité se tiendra.