04 février 2026

Entreprises à vendre, relève à trouver

Dans un contexte économique marqué par l’incertitude, le reprenariat s’impose comme un enjeu déterminant pour la vitalité économique de Montmagny–L’Islet. À mesure que la population entrepreneuriale vieillit, la question n’est plus de savoir si les entreprises devront être transférées, mais comment assurer leur pérennité sans perte de savoir-faire ni d’ancrage local.

« D’ici 2030, six entreprises sur dix devront changer de main. Le reprenariat est désormais plus fréquent que le démarrage d’entreprises », rappelle Mireille Thibault, directrice générale du Centre d’aide aux entreprises (CAE) Montmagny–L’Islet.

Selon l’Institut de la Statistique du Québec (ISQ), l’indice de remplacement des entrepreneurs en 2026 sera de 54% dans la MRC de Montmagny, et de 51% dans la MRC de L’Islet.

« Si un jeune quitte la région, il n’y a personne pour reprendre le flambeau. Sans repreneur, c’est tout un savoir qui disparaît », souligne-t-elle.

Le contexte socio-politique actuelle alimente un certain pessimisme chez plusieurs entrepreneurs. La baisse du pouvoir d’achat, l’endettement des ménages et la hausse des taux d’intérêt exercent une pression directe sur les commerces de proximité et les petites entreprises. À cela s’ajoutent des facteurs sociaux, comme les séparations familiales et la pénurie de logements, qui compliquent la rétention de la main-d’œuvre et la stabilité des entreprises. Les règles entourant l’immigration, particulièrement dans les secteurs manufacturiers, de la restauration et de l’hôtellerie, contribuent également à l’incertitude.

« Quand on combine ces éléments à l’âge qui avance, plusieurs entrepreneurs se demandent s’il est encore réaliste de poursuivre seuls », observe Mme Thibault.

Le reprenariat ne se résume pas à une transaction financière. Il implique le transfert d’une culture d’entreprise, de relations d’affaires et d’un engagement communautaire souvent bâti sur plusieurs décennies. « Une entreprise, cest des emplois, des revenus fiscaux, des commandites locales et une présence active dans la communauté », rappelle Mme Thibault. Sans relève, c’est une part de l’identité économique régionale qui s’effrite. « Une communauté sans savoir est vouée à s’appauvrir », affirme-t-elle.

Un accompagnement ciblé

Pour soutenir les transferts d’entreprises, le CAE Montmagny–L’Islet offre des outils financiers et un accompagnement adapté au reprenariat. Des prêts sans intérêt sont notamment accessibles aux entrepreneurs de 40 ans et moins afin de faciliter le montage financier.

Au-delà du financement, l’organisme mise sur un accompagnement flexible et de proximité. « Nous sommes du capital patient. Lorsqu’un entrepreneur traverse une période plus difficile, nous pouvons ajuster les modalités pour l’aider à passer au travers », conclut Mme Thibault.

Malgré les défis, Mme Thibault demeure convaincue que le reprenariat peut devenir un véritable levier de fierté collective. « Lorsqu’une entreprise est reprise avec succès, ça rayonne. Et cette réussite finit toujours par bénéficier à l’ensemble du milieu, » conclut-elle.