06 février 2026

Gertrude Robichaud, 104 ans de mémoire et de sagesse

Née le 28 janvier 1922 à Saint-Aubert, Gertrude Robichaud a traversé plus d’un siècle d’histoire. Elle a vu le monde changer, parfois vite, parfois brutalement, mais toujours avec ce regard lucide qui accompagne ceux et celles qui ont la sagesse.

Rencontrée à sa résidence, la Maison du Fleuve à L’Islet, secteur Saint-Eugène, entourée de ses enfants, le jour de son 104e anniversaire, la dame a encore le regard vif, le visage souriant et la voix chaleureuse.

« J’ai eu une belle enfance », résume-t-elle. Issue d’une famille nombreuse, elle a grandi entourée de trois garçons et cinq filles dans un milieu où la solidarité était une nécessité. « On était une grosse famille. On se tenait ensemble », se souvient-elle.

Elle s’est mariée jeune avec feu Ulric Pelletier, a eu des enfants et a fondé sa propre famille, nombreuse elle aussi. Le couple s’est installé dans le rang des Jumeaux-Pelletier à Saint-Aubert. Elle est aujourd’hui la matriarche de 125 descendants, soit huit enfants, 37 petits-enfants, 76 arrière-petits-enfants et quatre arrière-arrière-petits-enfants.

Une vie, des milliers
de souvenirs

Les années 1920 et 1930 restent pour elle des souvenirs ancrés dans la simplicité. « On prenait ce qui passait. On vivait avec ce qu’on avait », raconte-t-elle. La guerre, elle s’en souvient aussi, même si les images sont parfois fragmentées. « Il y avait des guerres un peu partout. Le monde se battait. On n’avait pas la télévision, mais on voyait bien que ça n’allait pas toujours correct. Moi et mon conjoint avons attendu la fin pour se marier, » explique-t-elle.

Quand la télévision est finalement entrée dans les foyers, elle n’a jamais vraiment trouvé grâce à ses yeux. « Ça me tanne de regarder ça. Ce n’est pas toujours la vérité qu’ils nous disent », lance-t-elle avec un franc-parler qui traverse les générations.

Les années 1960 marquent un tournant. « On a eu le téléphone », souligne-t-elle, comme on annoncerait une révolution tranquille. La famille est alors au cœur de tout. Les enfants grandissent, la vie s’organise autour du quotidien, des responsabilités et de cette entraide qui a toujours été essentielle. Les années 1980, avec son référendum et différents conflits dans le monde, elle s’en souvient aussi.

Veuve depuis près de 17 ans, elle a appris à vivre avec l’absence. « Mon mari est décédé il y a longtemps. Mon frère est mort à 103 ans », raconte celle qui rappelle que la longévité n’efface pas les deuils.

Aujourd’hui, Gertrude Robichaud vit avec une certaine nostalgie sans amertume. Pour celle-ci, la présence de ses proches demeure précieuse.

Si Gertrude Robichaud accepte volontiers de parler de longévité, elle refuse l’idée d’un miracle. Pour elle, le secret réside dans la modération et la constance. « Il faut éviter la boisson, éviter bien des choses, bien manger et continuer doucement, » confie-t-elle.

Aux lecteurs, elle laisse un message simple, presque à son image : « L’âge vient doucement. Il faut continuer tranquillement. À un moment donné, on s’aperçoit qu’on est rendu à 104. »