La population d’orignaux est en net recul dans les MRC de L’Islet, Montmagny et Bellechasse. Selon les estimations du Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP), le cheptel aurait diminué de 25 à 30 % au cours des 10 à 15 dernières années. Ce dernier fait maintenant appel aux citoyens pour documenter la situation.
« On parle d’une baisse réelle et significative », affirme Alexis Grenier-Potvin, biologiste et responsable du projet à la Direction de la gestion de la faune pour la Capitale-Nationale et la Chaudière-Appalaches. « En 2014, on estimait la population à environ sept orignaux par km². Aujourd’hui, on se situe davantage autour de cinq. C’est pratiquement une division par deux, » avance-t-il. Selon lui, cette décroissance ne peut plus être considérée comme un simple cycle naturel : « Ce n’est pas une mauvaise année isolée. C’est une tendance lourde qui s’inscrit dans le temps et qui ne montre pas de signe de redressement.»
Bien que la chasse soit souvent pointée du doigt, M. Grenier-Potvin rappelle que des ajustements importants ont déjà été apportés aux modalités de celle-ci : « Des changements ont été faits en 2018-2019 pour réduire la pression sur la population. Malgré ça, la décroissance se poursuit. »
Le MELCCFP soupçonne en effet une baisse de la productivité du cheptel, soit le nombre de veaux produits par les femelles. « Quand on regarde nos indicateurs, on observe qu’il y a moins de jeunes associés aux femelles qu’auparavant. Autrement dit, les femelles produisent moins de veaux, » déclare-t-il.
Outre la reproduction, d’autres facteurs pourraient contribuer au déclin, dont l’augmentation des tiques d’hiver, les effets des changements climatiques et la présence du ver des méninges, transmis par le cerf de Virginie. « Pris individuellement, ces facteurs n’expliquent pas tout, mais ensemble, ils peuvent accentuer la pression sur une population déjà fragilisée », énonce-t-il.
C’est pour mieux documenter la situation, un nouveau projet de recherche a été lancé. « On sait que la population diminue, mais on ne sait pas encore exactement pourquoi. Le projet vise à vérifier si les femelles sont moins gestantes qu’elles ne l’étaient par le passé », explique le biologiste.
La démarche repose sur l’analyse en laboratoire de crottins d’orignaux. « À partir des fèces, on peut identifier le sexe de l’animal grâce à son ADN et, chez les femelles, détecter une hormone de grossesse. On évite aussi les doublons en s’assurant que deux échantillons ne proviennent pas du même individu, » avance M. Grenier-Potvin.
Compte tenu de l’immensité du territoire, le ministère fait appel à la science citoyenne. Les personnes qui fréquentent la forêt durant l’hiver, comme les randonneurs, les motoneigistes ou les villégiateurs sont invitées à récolter des fèces d’orignaux en février et mars 2026. « On a besoin des gens. La zone est immense et notre force de frappe, c’est la population qui circule déjà sur le territoire », souligne-t-il.
Les participants doivent s’inscrire via un formulaire en ligne. Une trousse complète leur est ensuite envoyée, comprenant un protocole simplifié, des gants, un sac d’échantillonnage et une étiquette. Les échantillons doivent être congelés puis déposés dans l’un des points de dépôt prévus.
Ainsi, le MELCCFP espère mieux comprendre et prévenir la décroissance du cheptel d’orignaux dans nos MRC.